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ALGERIE: des regrets, peut-être, mais pas de "repentance"

Publié le 13/07/2012 à 13:53 par jambambois Tags : mort voyage image fond photo histoire france livre vie
ALGERIE: des regrets, peut-être, mais pas de "repentance"

-  Le 5 juillet 2012, l'Algérie a célébré le cinquantenaire de son accession à l'indépendance.

C'était le 5 juillet 1962.

 

-  D'ici à la fin de l'année 2012, le Président de la République française, François HOLLANDE, fera une visite officielle en Algérie.

 

 

COMMENTAIRE

 

1)  Je vous livre ici le sentiment d'un "pied-noir" - un Français d'Algérie, assez meurtri par la guerre d'indépendance.

J'avais 19 ans en 1962.

J'ai vécu toute mon enfance et mon adolescence à Oran, en Algérie.

 

Même si je reconnais que l'indépendance algérienne était inéluctable, je pense que les choses auraient pu se passer d'une autre manière après le retour au pouvoir du Général DE GAULLE, en 1958.

Dès 1945, les dirigeants français auraient pu imaginer des solutions plus pacifiques au drame algérien.
Peut-être davantage de Français d'Algérie auraient-ils pu rester sur leur terre natale.

Je dis bien "peut-être", car il y avait aussi la dimension musulmane, qui a fait que l'Algérie a rejoint le groupe des pays dits "arabo-musulmans" - même si les Algériens sont majoritairement des Berbères, qui ont, au fond, peu de rapport avec les peuples arabes du Proche-Orient (sinon, précisément, la religion).

 

 

Ayant quasiment atteint l'âge adulte au moment où les Européens quittaient l'Algérie, j'ai forcément un point de vue différent des très jeunes "pieds-noirs" nés dans les années 1950, et qui n'avaient, donc, qu'entre un et 12 ans en 1962.

J'inclus dans ces jeunes gens des personnalités telles que l'historien Benjamin STORA, né en Algérie en 1950.

Je l'ai beaucoup lu. Et je considère qu'il a une approche assez abstraite et intellectuelle des "événements" d'Algérie - comme on disait à l'époque pour ne pas parler frontalement de "guerre".

 

 

Même notre Président, M. François HOLLANDE, qui est né en 1954 (c'est-à-dire l'année où a éclaté l'insurrection algérienne), ne peut avoir, au fond, qu'une vision assez "traditionnelle" de la guerre d'Algérie.

Autrement dit, une histoire de "bons et de méchants" - le méchant colonisateur contre un peuple qui se soulève pour son indépendance, sa liberté et sa dignité.

Il y a une certaine part de vérité dans cette vision plutôt "cliché" des choses.

Mais, comme toujours, la réalité était beaucoup plus complexe - la majorité des "pieds-noirs" n'étant pas de riches colons, mais de "petits blancs" de la classe moyenne, voire pauvre...

 

 

Je ne ferai pas à François HOLLANDE l'injure de croire qu'il ne s'est pas renseigné sur la réalité algérienne à l'époque française.

Mais je voudrais tout de même, en conclusion, m'adresser à lui, à l'occasion de son prochain voyage en Algérie.

 

 

2) Chacun sait que certains membres de l'armée française ont reconnu avoir pratiqué la torture pour obtenir des renseignements sur ceux qui menaient la guerre d'indépendance.

C'est un fait.

Un fait de guerre, pas particulièrement à notre honneur.

 

Néanmoins, je suis farouchement hostile à l'idée de "repentance" de la part de la France.

D'abord parce ce mot de "repentance" a une connotation religieuse.

La repentance, c'est la culpabilité à vie, le péché originel, la honte éternelle...

 

 

Je préfère, éventuellement, l'idée de "regrets".

Mais, précisément, s'il devait y avoir une démarche officielle dans ce sens, elle devrait être bilatérale.

Le pouvoir algérien (aujourd'hui encore issu du FLN, qui a combattu pour l'indépendance) doit lui aussi exprimer des regrets pour les milliers de morts - Européens et Algériens de souche - dus à l'action du FLN.

Des civils, qui, le plus souvent, avaient peu de choses à se reprocher par rapport à la réalité algérienne.

 

 

Dans son édition du week-end dernier (les 7 et 8  juillet 2012), le quotidien Libération a publié un reportage très intéressant de Philippe Lançon. Il s'agit d'un retour à Alger, sur les traces de la présence française.

Dans un bref éditorial qui précède ce reportage, une journaliste du nom de Béatrice Vallaeys écrit: "Revenir sur les lieux du crime est un classique...."

Eh non, Mme VALLAEYS, la présence française en Algérie n'a pas été fondamentalement un "crime"!

 

Beaucoup plus juste et plus nuancé, Philippe Lançon conclut son reportage en citant Albert CAMUS (natif d'Alger):

"Oui, il y a la beauté et il y a les humiliés. Quelles que soient les difficultés de l'entreprise, je voudrais n'être jamais infidèle ni à l'une ni aux autres".

On sait à quel point CAMUS a aimé l'Algérie.

Personne n'aurait pu s'exprimer plus justement sur ce pays (du moins pendant la période française).

 

Dans le reportage de Libération, il est très souvent question, également, de la "décennie noire" - les années 1990, au cours desquelles les islamistes ont déclenché une véritable guerre civile en Algérie.

Cela n'a plus rien à voir avec les "pieds-noirs" et la présence française.

C'est une autre histoire, peut-être encore plus meurtrière et plus douloureuse que celle de la colonisation.

 

 

Georges COHEN

______________________

PHOTO = Image de l'indépendance de l'Algérie, en juillet 1962.




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